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Mon Double Amour pour La Langue Française

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Lors de la publication de cet article, il y aura eu 17 mois que j’ai repris en autodidacte mes études de la langue française. J’avais laissé tomber celle-ci en tant que langue (quasi-)étrangère après avoir fini le lycée en 1998 pour faire place à espagnol durant mes années universitaires. C’est-à-dire qu’à peu près une décennie s’est écoulée pendant laquelle je n’avais aucunement touché le français. Du collège jusquà la fin du lycée, je m’étais adonné à étudier le français comme langue étrangère, soit 7 années étudiant la langue. Avant le collège, il y avait eu cinq années que le français était l’une des trois langues parlées chez moi durant ma tendre enfance, y compris le créole haïtien et l’anglais. Au fil des années, le créole haïtien était ma principale langue maternelle - une langue qui porte en elle un lexique important de racine française.

Je cerne mon histoire personnelle au sujet du français pour préciser la manière dont mon passé à l’égard de celui-ci est un peu compliqué. Mais j’écris surtout pour exprimer jusqu’à quel point je suis devenu passionné par cette langue. Jadis, j’avais adopté, je ne me rappelle pas où, l’idée que la manifestation de toute tentative psychologiquement motivée est entraîné par une raison immédiate, c’est-à-dire le catalyseur. Cependant, il y a aussi une motivation sous-jacente et, alors, moins évidente que l’autre.

La raison immédiate de mon engagement à la reprise et la maîtrise définitive du français provient de la mémoire de mon grand-père maternel. Lui fut connu, entre autres, comme un véritable fervent de la langue. Mes parents me racontaient de sa jeunesse en Haïti, et le fait qu’il voulait devenir avocat à l’époque, ce qui exigeait une maîtrise totale du français puisque cette langue était alors la seule langue officielle de facto du pays. Bien que l’immigration de mon grand-père aux USA fit basculer à ses rêves professionnels, il ne lâcha jamais son attachement à la langue. À chaque évènement familial important, que ce soit un mariage, un baptême ou une communion privée, il ferait un discours en français, ne permettant jamais à notre famille, nouvellement américanisée, d’oublier son éloquence à lui dans la langue de Rabelais. Lors de ses funérailles, j'ai ressenti le besoin d’honorer sa mémoire avec un petit discours en français – et ce fut à la fin de février 2008. A l’époque, j’avais déjà oublié la plus grande partie du français appris 10 années avant, ce qui m’obligea de solliciter l’appui linguistique de mon père, la personne grâce à qui je peux revendiquer le français comme langue maternelle – ou plutôt langue paternelle.

La raison sous-jacente de ma revendication enthousiasmé du français s’avère plus enchevêtrée. J’ose me dire exceptionnellement chanceux d’avoir deux rapports distincts, mais indissociables, avec cette langue. Le premier relève mon identité ethnique. Entre les comptines françaises qu’il m’avait fait entendre, les albums de Charles Aznavour avec lesquels il avait fait remplir notre domicile de la chanson française, de maintes fois qu’il nous a emmenés à Montréal pour rendre visite à la famille de mon amie d’enfance haitiano-québécoise, Sandie Mazile, les fables de Jean de LaFontaine auxquelles il m’a initié, les ondes de Radio France Internationale desquelles il me priait de rester à l’écoute, la poésie de Jacques Prévert qu’il m’a aidé à mémoriser, et la glorieuse histoire d’Haïti - seul pays du monde qui put vaincre l’armée redoutée de Napoléon Bonaparte - qu’il m’a fait apprendre par cœur, mon père ne m’a laissé aucune possibilité d’échapper à ma droit d’aînesse à la langue de Molière. Par conséquent, si le classement « francophone » désigne quelqu’un dont le patrimoine est indissolublement lié à la langue française, et non seulement « locuteur du français », les efforts de mon père ont fait que je ne peux, ni ne pourrai jamais considérer mon identité culturelle dans l’ensemble sans y inclure ma réalité francophone.

Mon deuxième rapport avec la langue de Victor Hugo soulève la terre et la culture de ma naissance : celles des États-Unis d’Amérique. Qu’est-ce que c’est qu’est la culture américaine, selon moi ? Certes, personne n’y aurait une toute même réponse, mais du point de vue d’une personne de race noire, née au borough de Brooklyn à New York City, et qui n’a grandi par la suite qu’en dedans des confins du véritable bouillon de cultures qu’est ma ville natale, « ma » culture américaine comprend des choses jolies aussi bien que laides, et d’autres que l’on dirait juste « comme-ça » : la langue anglaise, la télé américaine, le hip-hop et le rap, le fast-food, le basket, le racisme, la liberté de pensée et d’expression, l’expérience du noir-américain, le gouffre écrasant entre les exigences intellectuelles du lycée et celles de l’université, et ainsi de suite. Cette expérience m’a offert une occasion inattendue de m’éloigner de tout ce qui est français, ce qui m’a permis pourtant de m’éprendre de la langue. J’ai vu donc tout ce qui et séduisant, ravissant de la langue de Montesquieu à partir de l’oeil et l’oreille étrangers. J’ai compris la beauté de ses sons et mots, la sophistication intrinsèque de sa grammaire, la complexité des pensées qui produirent ses plus grands maîtres, la musicalité de ses paroles. Je suis devenu, donc, véritablement francophile.

Voilà. Mon engagement envers la langue de Chateaubriand naquit d’une double réalité : celle d’un francophone francophile. Cette révélation risque peut-être de dégager un sentiment d’amour-propre, voire, de narcissisme; à dire vrai, je ne le vois pas ainsi; en revanche, s'il y a accusation de patriotisme linguistique un peu exagéré, j'en plaide coupable : je suis haïtien d'origine, et fier de l’être, et Haïti a retenu comme butin de guerre la plus belle langue de l’univers. Et j’adore cette langue.

Ernest Barthélemy

Source: Mon Chemin Médical


Photo Credit: Jacky Kija Gotin

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Comments

  • Merci de l'ajout Ernest... Ton histoire est aussi riche que la mienne, ouais pt'et quelque part plus riche :-) Comme toi jaime la langue Francaise et par dessus tout je suis aussi attache a mon mon histoire. Il n'y a pas pas dichotomie mais symbiose quand on arrive a extraire le bien du mal,... La definition du bien et du mal etant bien sur laissee a la libre interpretation de notrte histoire par un iillumine individu.

    Best

    ME
  • Quel beau témoignage, quelle belle histoire! merci de la partager :)
  • Merci beaucoup Fabrice, Amandine et Patrice. Cela signifie beaucoup pour moi que mes paroles vous touchent.
  • Bravo Ernest et merci pour ton magnifique témoignage sur ce lien profond entre l'apprentissage d'une langue et les souvenirs de l'enfance. Je pense que beaucoup de lecteurs pourront s'y reconnaître.
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