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   Tout le monde me prévient : « Les Second Graders sont assez turbulents ». Lorsque j’entre pour la première fois dans la classe de Second Grade, c’est le jour où les parents ont le droit d’assister à un cours. Ils restent sur les côtés pendant que Mme S. commence sa leçon. Nous sommes dans la phonétique et le titre du cours est « Une rentrée à l’école des hérons ». Il s’agit d’expliquer aux enfants la différence entre un « héro » et un « héron » à travers une histoire et des illustrations. Les enfants commencent par dessiner tous les super-héros qu’ils connaissent : Superman, Spiderman, etc…Mme S. en profite pour apporter des précisions sur les différences de prononciation entre anglais et français : [syperman] en Français, [sypermen] en Anglais.

A’ côté du tableau, un panneau  explique la méthode de traduction suggérée : l’enfant peut s’inspirer de la langue ou des langues qu’il connaît pour parvenir à reconstruire le sens d’un mot nouveau, par exemple à travers leur racine commune. La maîtresse veille à ce que les enfants répètent plusieurs fois le mot nouveau pour l’enregistrer. Elle les incite à établir des parallèles entre les vocabulaires anglais et français, mais n’exclue pas les autres langues connues par les enfants. 

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Elle continue en expliquant que le son [h] est muet en Français sauf dans [ch], [ph]. Si certains francophones connaissent déjà la différence entre un ‘héro’ et un ‘héron’, les autres la saisissent très rapidement. On s’attaque également aux nasales, en l’occurrence le phonème [on] que les enfants doivent insérer dans différents mots français et ensuite écrire correctement.

Sur les murs de la classe on retrouve, bien évidemment, l’alphabet dans les deux langues, français et anglais, respectivement en vert et en bleu, mais aussi d’autres éléments graphiques – affiches, illustrations - qui renvoient à la France et à la langue française - ou des étiquettes collées sur les étagères qui indiquent différents lieux de Paris, parmi lesquels je vois « Place du Trocadéro ». On y respire un air très français et une atmosphère sympathique.

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Les niveaux de français sont différents, donc la nécessité s’impose de disposer les élèves en petits groupes afin de rendre le niveau plus homogène.  Ce sont les « partenaires de français » : les groupes sont composés d’un francophone, d’un avancé et d’un intermédiaire.

La maîtresse me confie un petit groupe pour que je leur lise « Une rentrée à l’école des hérons ». Ils ont à disposition des mots découpés que j’étale par terre pour qu’ils puissent former des phrases. Ils s’inspirent des phrases qu’ils entendent à ma lecture et m’interrogent sur le vocabulaire. Le participe « rassuré » échappe à certain d’entre eux, par exemple. Un élève parfaitement francophone le connaît et l’explique spontanément aux autres.

Les enfants sont habitués à ce genre de situations. Elles se produisent constamment depuis le Kindergarden. Je remarque que les francophones se sentent en quelque sorte « in charge », responsables de la langue française. Mon élève francophone est arrivée de France il  y a un an. Elle parle déjà parfaitement anglais et donne un énorme élan de positivité à la classe. Depuis sa place dans la rangée des « sages », elle exerce une influence extrêmement positive sur les élèves qui ont tendance à se dissiper…

Francophones ou non-francophones, les enfants écoutent attentivement et  ne tardent  pas à comprendre le point fondamental de l’histoire que je leur ai racontée : les deux protagonistes se sont trompés d’école parce qu’ils ne savent pas épeler le mot « héron » correctement ! Voilà une stratégie amusante pour sensibiliser les enfants à l’importance de la phonétique.

En Second Grade on commence les mathématiques en français pour les continuer en anglais. La maîtresse écrit au tableau « Related Facts » avec sa traduction française, « Opérations liées ». « Que veut dire ‘liées’ ? », demande une élève. Mme S.  l’encourage à se servir des autres langues qu’elle connaît en indiquant toujours le panneau à côté du tableau qui suggère les méthodes de traduction possibles.

L’après-midi c’est anglais et on se consacre à la lecture de « Charlotte’s Web ». Evidemment, les quelques élèves « turbulents » refusent de sortir leurs livres...La maîtresse commence tout de même la lecture de l’avant-dernier chapitre. De nombreux enfants ont suivi en classe et à la maison, d’autres un peu moins, mais tout le monde à l’air de connaître l’histoire. Je m’assois à côté du petit R., le leader du groupe des turbulents. Je parviens à le convaincre à ouvrir son livre. Je le questionne sur ses lectures préférées. Il me dit qu’il a d’autres préférences en matière de récits pour enfants, comme la vie des dragons, par exemple, et que cette histoire du petit cochon ne l’enthousiasme pas du tout. Je lui dis que c’est tout à fait légitime de ne pas aimer le petit cochon mais je lui rappelle qu’il n’est pas le seul dans la classe et que ses amis doivent pouvoir suivre tranquillement. Ce n’est pas facile de le convaincre à rester assis, mais il accepte de s’engager dans une conversation avec moi. Je lui demande alors s’il aime bien Harry Potter. Et là, il devient très sérieux. Il s’assied et interrompt la bataille. « Á votre avis, est-ce qu’il est mieux de lire avant les livres ou de voir avant les films ? », me lance-t-il en me surprenant. Je lui réponds que pour moi il vaut mieux lire les livres d’abord. Il m’explique pourquoi il n’est pas d’accord : grâce à la vision du film sur Harry Potter il a pu entendre la prononciation correcte de beaucoup de noms propres, comme « Hermione », par exemple. Sa réflexion et sa manière d’argumenter m’impressionnent. Il demande d’abord mon opinion pour ensuite construire la sienne sur ce que je viens de dire.

Entretemps, la maîtresse a terminé de lire Charlotte’s Web. C’est le moment consacré aux interventions des élèves. Le débat aujourd’hui est centré sur la fin de l’ histoire. Les questions des enfants sont très pointues. « Pourquoi l’avant dernier chapitre a pour titre « the end », alors que ce n’est pas encore la fin ? ». Ils ont beaucoup d’idées et les développent avec enthousiasme au cours du débat.  A la surprise générale, R. lève sa main pour intervenir : « Je pense que le titre ‘la fin’ se réfère à la mort de Charlotte. Cela est d’autant plus logique puisqu’il ne peut jamais il y avoir deux épilogues dans le même livre. »  J’ai bien entendu, « épilogue ».

 

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