JE SERAIS TENTEE

JE SERAIS TENTÉE DE…

 

Comme tout le monde, j’ai constaté avec surprise que le chanteur qui se désignait dès 1994 avec une pointe d’humour, sous le titre de « presidan konpa » en entraînant une foule multicolore et multisource, quelques années de cela, annonçait les couleurs, peut-être sans le savoir, lui-même. Comme certains, l’intérêt  subitement exprimé par toute une armée de « soldats » prêts à se sacrifier, pour le salut du pays, m’a fait tiquer. Comme tout le monde, j’ai suivi le déroulement de la campagne électorale, celui des élections…, puis j’ai dû m’abriter, pour échapper à la dérive de la vague d’hystérie déclenchée par le dépouillement des votes, jusqu’à la proclamation des résultats…Comme tout le monde, j’ai écouté, douté, puis constaté. Car, depuis cette soirée du lundi 4 avril écoulé, tout est dit. Une page est maintenant tournée, et qui invite à aborder le quotidien avec des yeux neufs et de nouvelles perspectives, si toutefois l’on ne veut pas se laisser dépasser par les événements.

Le pays a maintenant à sa tête un nouveau chef d’état, que certains célèbrent et adulent déjà, alors qu’il est rageusement honni, dénigré et conspué par d’autres. Pourtant, le fait est bien  accompli, le vin est tiré jusqu’à la lie…Quelle que soit la résonance de cette évidence en chacun, il ne demeure pas moins vrai, que Mr. Michel Joseph Martelly représente aujourd’hui autant le président de ceux qui l’ont élu avec détermination, que de ceux-là, qui l’ont rejeté dès l’annonce de sa candidature, et ne se résolvent toujours pas à admettre sa présence à la tête de la première magistrature de l’état haïtien. Certains lui crachent encore sa moralité au parfum de scandale en pleine face, quand ce n’est pas son manque de compétence…pour ne s’arrêter qu’à cela. Pourtant, c’est bien lui, aujourd’hui, le chef de la nation haïtienne dans toute la latitude du concept. À ce stade des débats houleux, devenus creux depuis la proclamation des résultats des élections, je me demande à quoi cela nous servirait de donner pitoyablement, dans de faux problèmes de complexion de peau, de classe, et de nom ? Je me demande…, je me demande, s’il ne serait quand même pas temps d’arrêter de se perdre en dilatoire, de creuser le fossé de la division et de gaspiller son énergie, plutôt que de dépasser la question d’un homme, pour atteindre la dimension civique.

Il est d’autant plus curieux de tant s’accrocher à un sentiment qui s’exprime par une haine viscérale chez plus d’un, que ce même « Sweet Micky » dont l’indécence soulève soudain tant l’indignation, n’aurait pas pu réussir, ni même survivre dans le milieu du show business, sans l’aval de la société haïtienne dans toutes ses composantes, certes, mais plus particulièrement sans le support inconditionnel des classes moyennes et de la bourgeoisie. En effet, l’artiste en cet homme, qui ne s’est pas imposé de limites pour accéder au défendu, a bien su réussir, et force est de le lui reconnaître. Il a su entreprendre et réussir dans ce qu’il a embrassé, et qui pis est, il est parvenu à imposer ses grivoiseries et sa musique, tant décriées aujourd’hui, telles qu’il les a voulues être, en dénonçant, dérogeant, provoquant, et choquant… Aucun orchestre ne peut tenir sans un public qui le supporte. Soyons honnêtes. Et alors, n’est-ce pas ce public et pas des moindres, qui a permis à « Sweet Micky » de s’épanouir en tant que tel ?

Aujourd’hui, la donne a changé ; il n’est plus question de frivolités et d’irresponsabilité. Allons-nous choisir l’inertie ou la chamaille, plutôt que de faire usage de nos droits civiques, en collaborant, chacun à sa façon et dans sa sphère d’action, pour bénéficier du plein droit de regard sur l’usage qui sera fait du mandat reçu par le président élu ?

L’heure est grave, il nous faut faire preuve d’une certaine maturité civique, en comprenant une fois pour toutes, que : désormais, l’on ne peut lancer de crachats sur celui qui représente l’Haïtien dans les sphères nationale et internationale, et le représentera pendant cinq ans, sans risquer d’en recevoir le jet sur notre propre nez. La seule solution, pour sauver ce qui peut être sauvé, réside dans une interaction engagée de chaque Haïtien, pour la sauvegarde de ses droits individuels et ceux de la collectivité, dans l’intérêt de la nation haïtienne, qui demeure ce que nous, tous, gardons en commun, sous l’égide de quel que régime politique que ce soit.

Personnellement, je serais tentée de donner toutes ses chances au nouveau président, comme je l’ai d’ailleurs fait pour Aristide et consort. Ce n’est que dans une attitude positive, que l’on garde encore le droit de réclamer ses « droits », et il n’y aura de victoire pour personne, dans l’échec du président Martelly. Nous avons, tous, à perdre ou à gagner avec lui ; pas sans lui. Choisissons de nous ouvrir à cette dernière éventualité.

Je serais tentée de penser au pays, au lieu de me laisser engluer par les préjugés et a priori de toutes sortes, c’est ce qui explique que j’ose briser mon silence à cette heure, pour laisser parler mon âme haïtienne. Osons, nous laisser tenter, en essayant de croire que quelque chose serait encore possible, si nous nous unissions_ comme il en fut des esclaves et des affranchis, des noirs et des mulâtres, en 1803_ pour prendre au mot ceux qui ont choisi de se proposer à nous diriger, et qui promettent de travailler au relèvement du pays, dont dépend le nôtre, celui des nôtres, et celui des leurs.

Je serais tentée de… ; et pourquoi pas, j’ose dire à tous les Haïtiens, en commençant par Mme. Mirlande Manigat, qui devrait plus que jamais, s’employer à jouer un rôle de modélisation dans la société haïtienne : Allons-y ! Il n’y a plus de temps à perdre, enterrons nos frustrations et nos rancœurs, car le pays se meurt, et qui a besoin de nous tous. Tous.

FAISONS-LE AUJOURD’HUI, POUR CETTE HAÏTI DE DEMAIN, DONT NOUS RÊVONS, TOUS.

 

Carmelle St.Gerard-Lopez

11 Avril 2011

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Comments

  • Merci de cet encouragement. Je suis sincerement persuadee qu'il nous faut depasser nos prejuges et mettre de cote nos a priori, pour offrir une ouverture au pays, en portant le nouveau gouvernement a aller jusqu'au bout de ses promesses. Il nous faut y consentir, pour le bien du pays./C
  • Mme. St Gerard-Lopez – je vous remercie de vous être exprimée là-dessus et je tiens à apporter tout mon soutien à votre appel. Certes, si j’avais eu la citoyenneté haïtienne lors de cette dernière élection, je me serais difficilement permis d’appuyer M. Martelly. Toutefois, il est le chef d’état élu de notre cher bout d’île et je suis prêt a lui confier tous mes espoirs pour la renaissance de Haïti chérie.

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